En Haute-Savoie, dans le Jura ou les Hautes-Alpes, une chute de neige suffit à couper une entreprise en deux. Une partie de l’équipe arrive à l’heure, l’autre reste de l’autre côté d’un col fermé à 6 heures du matin. Les grands groupes ont un plan pour ces journées. La plupart des PME improvisent, alors que quelques décisions prises en octobre évitent de perdre des commandes en janvier.
Savoir avant 7 heures qui pourra venir
Le premier réflexe consiste à relever, pour chaque salarié, la route qu’il emprunte et son itinéraire de secours. Un tableau partagé suffit : nom, commune de départ, col ou tunnel franchi, détour possible et temps supplémentaire. Ce relevé révèle souvent que trois personnes clés dépendent du même passage.
Il faut ensuite désigner quelqu’un pour vérifier la situation chaque matin de novembre à avril. Les départements publient les fermetures, mais l’information est dispersée entre plusieurs sites. Un service comme l’état des cols en direct regroupe les ouvertures et les webcams, ce qui permet de prévenir l’équipe par un message groupé avant qu’elle ne prenne la route. La règle doit être écrite : si le col est fermé ou soumis aux équipements spéciaux, le salarié concerné bascule sur le plan B sans attendre un appel.
Ce que le plan B contient vraiment
Pour les postes de bureau, c’est le travail à distance, à condition que l’ordinateur portable, l’accès au logiciel de gestion et le renvoi de la ligne téléphonique aient été testés avant le premier flocon. Pour l’atelier, la logistique ou l’accueil, il faut une autre réponse : un binôme formé sur chaque poste critique, des horaires décalés pour laisser passer le déneigement, et un stock tampon de quelques jours sur les références les plus demandées.
Les entreprises proches de la Suisse ont une contrainte de plus. Le télétravail d’un salarié qui habite en France et travaille en Suisse, ou l’inverse, est plafonné par des accords entre les deux pays, et dépasser ce plafond peut modifier le régime fiscal et social de la personne. Vie de Frontalier explique ces seuils en détail. Mieux vaut donc compter les jours de neige dans le quota annuel plutôt que de les découvrir en fin d’année.
Les véhicules de l’entreprise entrent aussi dans le plan. Dans les communes de montagne concernées, pneus hiver ou chaînes à bord sont obligatoires du 1er novembre au 31 mars, et un utilitaire immobilisé au pied d’un col coûte plus cher qu’un train de pneus.

Prévenir les clients avant qu’ils n’appellent
Une livraison décalée d’un jour passe très bien quand le client l’apprend à 8 heures, beaucoup moins quand il la constate à 17 heures. Un modèle de message prêt à l’envoi, une mention dans les conditions générales sur les aléas climatiques et un numéro qui sonne chez la personne présente ce jour-là protègent la relation commerciale.
Reste la question du salaire. Un salarié empêché de venir par une route fermée n’est pas en faute, mais l’employeur n’est pas tenu de payer les heures non travaillées, sauf accord d’entreprise ou usage plus favorable. Récupération des heures, jour de congé ou télétravail : la solution retenue doit être connue de tous avant l’hiver, et appliquée de la même façon à chacun.
La préparation hivernale peut aussi servir à revoir les dépenses liées aux déplacements. Une flotte automobile bien suivie limite les immobilisations, les consommations inutiles et les frais imprévus lorsque les conditions se dégradent.
